Glenn HUGHES From Now On

Après deux participations de remises en confiance avec John NORUM pour les excellentissimes Face The Truth (1992) et l’album solo Blues (1992), Glenn HUGHES ressort de l’enfer en 1994 pour nous présenter son véritable renouveau depuis Play Me Out en 1977.

Entre ces deux périodes, on dira que le temps pour lui est en quelque sorte parti en fumée (smoke) : deux allusions pour les néophytes, à sa carrière dans DEEP PURPLE et à la drogue, qui l’a fait errer pendant toute la décennie des années 80 et plus ; décennie traversée musicalement dans des projets dans lesquels sa participation sera hélas éphémère mais pas moins essentielle, que ce soit pour HUGHES-THRALL (Hard funk FM), PHENOMENA (AOR), BLACK SABBATH (Heavy mélodique) et à un degré moindre, Gary MOORE (Hard Rock classieux).

Pour se redonner confiance, THE VOICE va délaisser sa basse pour se consacrer totalement à l’écriture et au chant. Imaginer un loup qui n’a pas mangé depuis plusieurs jours et qui de surcroit est blessé dans sa chair et son âme … inutile vous faire un dessin : le chant sera monstrueux ! Une habitude le concernant ! Ecoutez donc ses passages époustouflants sur Into The Void (”I see the futuuuuure”, I can remeeeeenbeeer”)

Entouré par la bande à EUROPE et de deux guitaristes suédois, avec l’appui aux claviers, d’un autre suédois (MALMSTEEN et futur RAINBOW) Jens JOHANSSON, le ”ressuscité” peut donc se lancer avec l’appui de musiciens qui sont fans du chanteur, et de DEEP PURPLE. On pourrait même s’étonner de l’absence de John NORUM ici, mais peut-être a-t-on pensé qu’avec en sus John LEVEN, Mic MICHAELI et la participation de Ian HAUGLAND, cela aurait pu être considéré comme un EUROPE bis sans Joey TEMPEST et créer une rumeur de split !? A l’époque, ce genre de rumeur était mal vue ! Aujourd’hui du moment que l’on parle de toi, c’est bon pour la promotion, même si c’est pour dire que t’as ch?é un poisson rouge ce matin ! Bref autre époque, autre marketing!

En parlant marketing, si il ne fait nul doute que le (gigantesque) live qui suivra, Burning Japan, en clin d’oeil au Made In Japan de qui vous savez, aura pour but de toucher le lucratif marché nippon, oasis des groupes en perdition ou tué par le Grunge, la maison de disque aurait tout aussi bien pu sortir un ”Burning In Sweden”, vu que l’album ne sera entré que dans les seuls Charts … suédois. Mais être exclu des Charts n’a jamais été un gage de non-qualité !

Car coté écriture, le maître à bord pourra s’appuyer sur les pointures que sont Jean BEAUVOIR (auteur pour SPRINGTEEN, KISS, DORO, John WAITE … ), Pat THRALL (ASIA) ou encore son vieux complice dans TRAPEZE, Mel GALLEY. Autant dire que Glenn HUGHES a fait appel à du lourd et à son entourage pour soigner son retour.

L’homme ayant touché à tous les styles musicaux, et à toutes les drogues, on s’interroge alors, vers quel style musical ira cet album ? Le trio ”Européen” tend à nous indiquer une voie assez mélodique. Débarrassé enfin de l’enfer de la came, HUGHES fera donc simple (et peut être aussi à la demande de sa maison de disque). Pour repartir à zéro, autant revenir sur ce que les gens connaissent de lui, et sur ce qui est censé être encore à la ”mode”.

Ainsi, il nous offre un hard rock mélodique classieux orienté Pourpre, version année 80 et donnant aussi une suite voisine à l’album Hughes-Thrall, notamment avec des titres co-composés à cette époque. On retrouve donc des titres épiques (la sublime et probablement une de ses plus belles compositions, Into The Void), morceaux punchy (Pickin’ Up The Pieces, sorte de Speed King des temps modernes, la reprise tellurique de Burn qui dépasse l’originale avec deux guitares et un Hughes qui y explose ses tripes), heavy (l’émouvant Lay My Body Down qui dixit, met un terme à son ancienne vie et est annonciateur de l’album Addiction), limites AOR (The Only One, The Liar, Devil in You, Homeland), des ballades qui respectent le côté noble de l’exercice (la tendre If You don’t Want Me To, la radio-friendly et gospellisée introduite au piano Why Don’t You Stay, l’inquiète et à la fois positive From Now On) et autres titres Hughesien (Walkin’On The Water). Il y a très peu d’influences funky sur cet album, même si Devil In You s’en approche et sonnerait vraisemblablement différemment avec le chanteur à la basse.

Le duo de guitaristes influencés BLACKMORE et SCHENKER manient le blues et le néo-classique et se font inspirés sur chaque intervention. Ils se renvoient la balle de façon assez originale sans en faire des tonnes comme l’exemple de ce riff que chaque guitariste reprend en écho de l’autre sur The Liar, ou encore cette intro mélodieuse sur Into The Void qui ressemble en mode plus discret à celles de MR BIG sur Green-Tinted Sixties Mind ou de G’NR sur Sweet Child O Mine, avec le genre d’effet qui ne déplairait pas à un Steve MORSE. Quant aux solos, ils font partie des solos qui se font rares : mélodiques et qui racontent une histoire ! Je me demande toujours encore pourquoi on n’entend plus ces deux guitaristes !? Auraient-ils tout donné là ?

Avec ce beau monde, on surfe donc dans la continuité mélodique du Hughes/Thrall, du Face The Truth et même de Phenomena en plus rock. Mais cet album arrive un zest trop tard. Même si les vidéos clips des groupes de Hard fm tournent encore en boucle sur MTV, le grunge s’apprête à tout emporter sur son passage. Le dernier DEEP PURPLE, le très controversé Slaves and Masters, accès « FOREIGNER » dans l’esprit, et le Naked Thunder de Ian GILLAN en solo, sortis tous deux en 90, précèdent dans le genre cet album, et formeraient presque même une trilogie. La similitude entre ce HUGHES et le GILLAN est assez marquante, du son de guitare jusqu’à la pochette. Et tout cela porte la marque de DEEP PURPLE, à des degrés divers.

C’est donc sur terrain connu de ses fans que HUGHES nous propose un très bon album pour son retour. La voix divine est toujours là. Glenn module à souhait sans en faire des tonnes, toujours sur album, moins donc en live, et toujours en rapport avec le thème de la mélodie ou des paroles. Il ne reviendra plus vers ce style musical sous son nom qu’est le hard mélodique, même si le projet VOODOO HILL s’y rapproche.

Un album qui rappelle donc une époque, la fin des années fm 80, des origines avec PURPLE, et qui marquent le grand retour de cette voix unique, du probablement, plus grand chanteur rock-soul au monde.

 

Titre par titre puis vos avis

Pickin’Up The Pieces : 4/5

La bulle d’orgue qui gonfle en intro prête à éclater ne laisse aucun doute sur la marque de fabrique ! Un rock rentre dedans qui rappelle le Speed King du Pourpre. Hughes fait parler la poudre (oups pardon) au bon sens du terme. Direct in your face. Efficace !

Lay My Body Down : 6/5 surnoté

une power ballade dont les paroles explosent mon âme à chacune de ses écoutes. Ma mère étant décédée qlq mois avant la sortie de cette chanson ont les paroles pourraient évoquer un deuil ; Deuil que chantera en fait Hughes à son ancienne vie de toxicomane Le chanteur y sort ses tripes et ses poumons. Je ne serai jamais objectif sur cette chanson qui restera l’hymne de mon deuil.

The Only One : 3,5/5

Un titre fm, limite pour Survivor ou Phenomena, mais à la sauce Hughes.

Un titre léger donc, à écouter pour le fun, mais qui à la 3ème tournée de bière, peut me lasser.

Why Don’t You Stay : 4/5

Une ballade limite blues – gospel mais avec le son année 80 – elle ressemble un peu à la cousine de la balade célèbre de Foreigner ‘I Want To Know What Love Is” , sans l’efficacité de ce méga slow qui te marie de suite. Elle demeure un bon moment, notamment son final avec les choeurs, et un Hughes qui se livre à fond.

Walkin’ On The Water : 4/5

ha voilà le titre funk de Hughes … enfin funk, pas trop tout de même : on lui rappelle qu’il faut qu’il reste rock … Toutefois, ici, on a une légére rythmique funky en mode acoustique, c’est du quasi a capela, basse + voix : intéressant … un refrain assez particulier, voire original : avec des choeurs masculins … un titre pas du tout évident, mais qui au final, m’enthousiasmera, car règne la voix du maestro. L’ovni de l’album, mais avec des extra terrestres sympa aux manettes. Je me demande bien ce que Prince aurait fait de ce titre ?

The Liar  4,5/5

On repart dans le mélodique et le rock avec Jean Beauvoir à l’écriture. Hughes sort ses aiguilles de sa manche, heu ses aigûes de sa manche .. hé zut, de sa gorge …

c’est aussi du fm, mais en beaucoup plur profond que ”The Only One” … C’est davantage péchu ici. On ne plaisante pas avec la vérité ! Les cris aigus transpercent ici tous mensonges et font écho à un Ian Gillan que Hughes aurait pu remplacer si …

Into The Void  6/5 surnoté

Le titre épique de l’album. Une intro a capella, une montée progressive tant musicale que vocale où le chanteur à la voix d’or finit par nous embarquer dans des sommets de notes vocales. Du grand ! Du très grand Hughes. La version live in japan est à écouter aussi.

You Were Always There  4/5

Ecrit avec Thrall, on sent bien que ce titre aurait pu être sur leur album commun, ou pour une suite qui ne verra jamais le jour. Le son des claviers bien présents et une mélodie douce nous le rappellent, même si ce titre est assez cool, et moins rock que les morceaux de leur œuvre commune. Un titre qui aurait pu aussi figuré sur le prochain album ”Feel” de Hughes. Pas un titre indispensable, mais qui s’écoute trankilou comme on dit par chez nous.

If You Don’t Want Me To  4,5/5

Hughes se prend ici pour Georges Mickael (ou l’inverse), avec une ballade suave et soul reposante. La voix est à tomber.

Devil In You  4/5

Autre titre avec le guitariste d’Asia : c’est rock, limite funk. Ça lui demange à Glenn – le diable funky est en lui – mais il restera rock, et c’est bon.

Homeland  4,5/5

Son compére de Trapeze, Mel Galley est à la compo de ce titre qui décolle lentement pour accélérer à fond dans le virage. Allez ! c’est parti pour une succession de virages en montagnes à fond où Glenn hurle son pied à la fin de la descente, et nous avec.

From Now On  4/5

Une ballade légère, limite mélancolique – mid tempo. Probablement, en rapport avec son nouveau départ ”I’ll be stronger from now on” (Je serai plus fort désormais). La voix de velours, limite crooner, reste la plue value.

Burn  6/5 surnoté – titre bonus cover de Deep Purple

Boum ! ça booste ! 2 grattes + l’orgue en rythmique, ça le fait grave sa race ! Hughes est un tueur sur cette version, qui fait oublier son compère vocal de l’époque, David Coverdale. Le son et le solo sont énorme et respectueux de l’original. Zut ! je n’ai plus de cheveux. Tout a brulé.

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Titres (auteurs)

1. Pickin’ Up the Pieces   (Glenn Hughes, Bruce Gowdy)

2. Lay My Body Down   (Hughes, Thomas Larsson)

3. The Only One   (Hughes, Eric Bojfeldt)

4. Why Don’t You Stay   (Hughes, Richard Baker)

5. Walkin’ On Water   (Hughes, Gowdy)

6. The Liar   (Hughes, Jean Beauvoir)

7. Into the Void   (Hughes, Mic Michaeli, Bojfeldt)

8. You’re Always There   (Hughes, Pat Thrall)

9. If You Don’t Want Me To (Allyson’s Song)   (Hughes, Per Stadin, Jens Johansson)

10. Devil In You   (Hughes, Thrall)

11. Homeland   (Hughes, Mel Galley)

12. From Now On…   (Hughes)

13. Burn Ritchie Blackmore, David Coverdale, Hughes, Jon Lord, Ian Paice

 

Musiciens

Glenn Hughes   chant, guitare acoustique

Thomas Larsson   guitares

Eric Bojfeldt   guitares

Mic Michaeli   claviers

John Levén   basse

Hempo Hilldén   batterie, percussions

Ian Haugland   batterie, percussions sur Burn

Meja chœurs   sur If You Don’t Want me To

Production  Bruce Gowdy & Glenn Hughes

Label  Roadrunner Records  // Amazon CD / LP / K7 / Coffret CD

Sortie  21 janvier 1994

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Album complet et clips en écoute ci-dessous