WHITESNAKE 1987

Après 5 ans de boogie blues, 6 albums et un virage heavy opéré pour Slide It In (cf chronique 35ans), le cap sera désormais maintenu dans cette direction musicale puis accentué aussi vers les côtes américaines.

Ayant eu du mal à maintenir les salaires à plein temps l’obligeant même à rompre certains contrats, COVERDALE semble jouer le tout pour le tout en voulant séduire le marché US. Le manageur John KALODNER le convainc même de réenregistrer deux anciens titres déjà publiés, croyant en leur potentiel pour les ondes radio US : en version plus heavy pour le premier Crying In The Rain avec son solo dantesque et pour le second, Here I Go Again, une version plus fm.

Mais les relations en interne se tendront quand le chanteur devra se faire opérer des cordes vocales lors des sessions d’enregistrement, laissant le fougueux et instable John SYKES s’impatienter “en studio” pendant plusieurs mois. L’ex THIN LIZZY ayant une bonne voix, il se serait vu calife à la place du calife. Il fera pression sur KALODNER pour embaucher un autre chanteur et finir l’album, proposition qui lui vaudra un limogeage au retour du maître. … (Oui, il est impossible de licencier un boss aussi nul soit-il ou en congés maladie longue durée, erreur de perception donc due à la jeunesse).

Finances dans le rouge, fin d’enregistrement houleux, COVERDALE, à la grande stupéfaction générale, finira le mixage seul aux côtés de Keith OLSEN et Mike STONE après avoir virer tous les musiciens, même le fidèle Neil MURRAY. John SYKES lui en veut toujours autant plus de trente ans plus tard. (cf interview) On peut le comprendre quand on verra le succès mondial du disque. Comprendre au sens reconnaissance internationale car il touchera les sous sur les 8 millions de ventes rien qu’aux USA, numéro 2 pendant 10 semaines non consécutives et coiffé pour la Top place par trois albums différents. Il restera 6 mois en haut des charts avec un Here I Go Again numéro 1 des singles*. Ce succès boostera aussi les ventes de Slide It In*. Ces deux albums ancreront le groupe dans les esprits ricains… mais hormis les die-hard fans, le grand public ne se doutera pas que c’est John SYKES le grand artificier. COVERDALE poussera même le trouble en faisant appel à des spécialistes de studio (Dan HUFF, Don AIREY, Tony FRANKLIN, Denis CARMASSI … ) pour enregistrer une version raccourcie d’Here I Go Again destinée en single aux radios. On frôle le mode d’enregistrement d’un KISS.

Quatre vidéos clips seront tournés avec belle bagnole et bimbo qui sera la future ex-femme de DC***. Autres stupéfactions, un relooking complet de tous les membres jusqu’au logo, sera opéré façon mode américaine clinquante, cheveux bouclés et blondis. On est en plein âge d’or de MTV et ses clips font Roi n’importe quel groupe présentable dans les loges de maquillage. Les beaux gosses David Lee ROTH et BON JOVI cartonnent, AEROSMITH est de retour au sommet avec un Steven TYLER charismatique à foison et vison. Alors, en bon observateur, COVERDALE en pleine force de l’âge et de son art, ne veut plus laisser son sex-appeal dans les seventies et veut séduire à son tour les plages américaines. Le grand jeu (partout aux USA, de Las Vegas jusqu’au Nevada, si j ose écrire, là où il résidera) est donc de mise et tout sera fait pour ne pas rater le train du succès, et ne pas laisser tomber ce 8 sur la mauvaise couleur … Et entre le pourpre, le blanc et le Black and Blue, il s’y connait le COV’ en couleur … et en couleuvre.

Aussi, à l’assaut de l’or, et non de Gloria Gaynor (vanne nulle je sais), il recrute aussi des musiciens au physique plutôt avantageux, des cadors. Le bassiste Rudi SARZO est déjà connu des bimbo US pour ayant œuvré précédemment avec QUIET RIOT et OZZY. Les deux mètres du blond hollandais et séduisant Adrian VANDENBERG (lire l’anecdote tout en bas d’article) ne laisseront personne indifférent. Le second guitariste Vivian CAMPBELL, qui a aussi de la bouteille (oui je sais désolé), a maintenu Ronnie JAMES DIO au sommet après son départ de BLACK SABBATH et RAINBOW, ce qui n était pas une mince affaire. Ce challenge gagné donnera donc du crédit à cette nouvelle équipe de rêve complétée par l’ancien batteur d OZZY, Tommy ALDRIGE. On a donc du lourd dans une composition d’équipe déjà connue sur le globe.
Sur le papier photo, cette dream-team reluit donc. Carte blanche leur sera donnée pour en mettre plein la vue dans les clips avec des poses suggestives à souhait, langues de sorties, non “GENEes”, utilisation d’un archer pour la frime et appâter le fan de LED ZEPPELIN fétichiste et, le summum du mâle Alpha, un appel du loup aux louves. Visuellement, c’est un vrai défilé de mannequins irrésistibles décidés à faire exploser les chattes .. heu pardon les charts. Les fans de la première heure seront abasourdis. Les nouveaux, beaucoup plus nombreux seront eux ravis et feront la fortune de COVERDALE.

Musicalement, John SYKES aura fait un job titanesque et original, crédibilisant cette nouvelle équipe que les médias rangeront pourtant dans la catégorie peu flatteuse du Hair Metal, … à tort à l’écoute de cette tuerie, à raison à la vue des clips. Car il n y a rien à critiquer musicalement ici tant c’est du lourd. Seul les fans de blues seront amer de ce virage heavy mélodique que symbolise la ballade dégoulinante, mais pas moins efficace comme usine à baisers (notez bien le S), Is This Love, destinée à l’origine pour Tina TURNER*.(c’est bon, vous pouvez ôter le S lol)
Le reste est enchaînement de gros riffs décoiffant comme des coups de poings, paradoxes aux brushing ridicules de ses remplaçants, puis des solos incisifs surclassant la concurrence de l’époque et que peineront à reproduire ses successeurs. Après le décès du génial Randy RHOADS, John SYKES est indéniablement le virtuose killer du moment, lui aussi favorisé par un physique enviable faisant de lui un sex-symbol rival et un guitar-hero comme on n’en fait plus.
Son absence lors de la tournée et sur les clips est donc une hérésie, une totale ingratitude à son talent qu’il démontrera encore plus tard avec BLUE MURDER. Son premier album sera le successeur parfait à ce 1987. Ceci dit, la gestion de sa carrière suggèrera un tempérament instable. Quand on se remémore le ras-le bol qu’a pu vivre le COV’ avec HUGHES et BOLIN, on peut le comprendre de s’alléger de soucis relationnels évitables.

La méga production de ce déluge de méga riffs sur Bad Boys avec son irrésistible gimmick introductif ”wha wha wahouuu I know you, u know me ...”, sur Children Of The Night ou Straight For the Heart … s’incrusteront dans votre tête comme une balle de 747 magnum. Gimme All Your Love Tonight fera chavirer les plus récalcitrantes et les friandes d’amour viril avec un refrain répétitif et invitatoire à un menottage dans chambres grises et rouges. Don’t Turn Away est le juste milieu entre power ballade et hard rock avec une voix suave qui fait encore des ravages.
Enfin, tout musicien espère un jour composer un hit. Still Of The Night sera plus qu’un hit, il sera assurément le titre de heavy métal mélodique ultime. Bien qu’inspiré par LED ZEPPELIN, il est en fait initialement composé par le duo COV’-BLACKMORE* du temps de DEEP PURPLE. Merci au passage du cadeau des crédits à SYKES bien qu’on ne sache pas la part d’avancée de la démo**. Cet appel au plus profond de la nuit est d’une force absolue. Riff incandescent, montée vocale a capella hypnotique, autres gimmicks vocaux inspirés, tour à tour ronronneurs, plaintifs, autoritaires, le tout rythmés, bref parfaits, et en parallèle une montée instrumentale progressive à vous faire frissonner et hurler tous les loups de la planète, pour finir sur une irruption vocale, un cri aigu à faire blêmir Robert PLANT puis achevant Jimmy PAGE d’une explosion de riffs d’artifices, dignes du Dieu Vulcain. COVERDALE atteint là un nouveau sommet bien éclairé par un SYKES éblouissant de puissance et de feeling. La perfection existe ! Une performance hallucinante. Quel gâchis que ce duo n’ait pas pérennisé.
Signe d’une collaboration fissurée, COVERDALE testera Adrian VANDENBERG sur la version album d’Here I Go Again, seul solo que SYKES ne jouera pas, ainsi que sur la version single joué par Dan HUFF (futur GIANT autre groupe incontournable de hard rock fm)

Le comble à ce disque imparable, c’est que le format K7 et 33t de l’époque ne permettront pas d’y inclure deux autres pépites, ajoutées dans la réédition. Le très correct You’re Gonna Break My Love Again, sorte de juste milieu entre Don’t Break My Heart et Fool For Your Loving (quel poète ce Dave !) ou du trop rare Standing In The Shadows, aurait eu toute sa place sur l’album suivant. Quant à la fantastique ballade Looking For Love, c’est une pure invitation à l’Amour. La voix irrésistible de COVERDALE fusionne avec la guitare caressante puis orgasmique de SYKES. Quel solo final ! Chef d’oeuvre à se laisser imprégner au casque. Le chef lui même ne comprendra pas le choix de John KALODNER de ne pas l’inclure à la place d’un Children Of The Night ou Straight For the Heart assez jumeau. Mais sa longue durée gênait le format 33tours, dissuadant ainsi le producteur. Il avait été envisagé alors de l’insérer sur l’album suivant. Mais le départ de son compositeur ne l’aura pas permis tant sa signature semble trop marquée et aurait dénotée avec celle d’un certain Steve VAI. Mais il est plus vraisemblable que la raison soit financière afin de ne pas lui partager de nouveaux crédits. Car COVERDALE se sera efforcé de recruter des six cordistes pouvant s’approcher du son qui l’a mis à l’abri du besoin financier à vie, celui de SYKES. Mais ceci est une autre histoire.

Comme le suggère sa pochette, ce disque là, aura fait ancrer le nom du SERPENT BLANC à jamais dans les charts et les livres comme étant un des albums indispensables de cette décennie et plus, et parce qu’aussi comportant un hit intemporel.
Certains gravent l’année de construction de leur maison sur une poutre ou une pierre, 1987 sera “marquée au fer blanc” sur la catégorie reine des pochettes de disques ultimes… Subliminalement inscrit car l’album ne portera pas de nom, il était prévu de le nommer sobrement ”Whitesnake”. Mais les fans et les livres d’histoire en auront décidé autrement, en le surnommant de cette année là, une année qu’il aura mondialement dominée, comme pour décréter qu’elle ne devait être que celle d’un seul album à retenir, d’un seul groupe, celui de WHITESNAKE.

*source Wikipédia

** interview DC Metal Hammer UK 2009 :

”Quand ma mère est décédée, je passais en revue les trucs chez elle et j’ai trouvé quelques cassettes de démonstration. L’une d’entre elles était une chanson sur laquelle Ritchie Blackmore et moi avions travaillé et qui était la base de ce qui allait devenir” Still of the Night ” “. C’était totalement méconnaissable, donc Ritchie n’a rien à craindre … moi non plus! Ha ha ha! J’ai éloigné ça le plus loin possible de moi, puis je l’ai donné à Sykesy quand nous étions dans le sud de la France”. Et il a mis les gros trucs de guitar-hero là-dessus. John détestait le blues donc j’ai dû travailler avec ces paramètres. J’ai arrangé ça vers un blues électrique, mais la façon dont il la jouait, était fabuleux pour son temps et relativement unique à cause des chansons. il y avait beaucoup de gens qui faisaient ces trucs délirants mais ils n’avaient pas la qualité de ces chansons. ” DC

*** La vidéo mettant en vedette la future épouse de Coverdale, Tawny Kitaen, était la plus demandée de MTV au cours de sa première semaine de sortie. Le rôle de Kitaen avait été promis à la pré-célébrité Claudia Schiffer.

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Version Lp vinyle Titres écrits par Coverdale-Sykes sauf ()

Face A

Crying in the Rain ’87 (Coverdale)

Bad Boys

Still of the Night

Here I Go Again ’87 (Coverdale, Marsden)

Face-B

Give Me All Your Love

Is This Love

Children of the Night

Straight From the Heart

Don’t Turn Away

Version européenne en compact disc (1987)

1. Still of the Night 6:36

2. Bad Boys 4:06

3. Give Me All Your Love 3:31

4. Looking for Love 6:33

5. Crying in the Rain 5:37

6. Is This Love 4:43

7. Straight for the Heart 3:39

8. Don’t Turn Away 5:10

9. Children of the Night 4:24

10. Here I Go Again 87 4:34

11. You’re Gonna Break My Heart Again 4:11

(Photos période Slide It In)

 

Serpents

David Coverdale – chants

John Sykes – guitare, chœurs

Neil Murray – basse

Aynsley Dunbar – batterie

Serpents additionnels

Dann Huff – guitare sur Here I Go Again 87 (Radio Edit)

Denny Carmassi – batterie sur Here I Go Again 87 (Radio Edit)

Adrian Vandenberg – solo de guitare sur Here I Go Again

Bill Cuomo – claviers

Don Airey – claviers

Production Mike Stone Keith Olsen

Label EMI – Amazon CD / CD+DVD 20th / CD 30th remaster / CD 30th+bonus / Coffret 30th / LP / LP 30th / K7

Sortie 7 avril 1987

Retour à la Discographie chroniquée du Snake

Serpents clips & tournée

Vivian Campbell – Tommy Aldrige – Rudi Sarzo – DC – Adrian Vandenberg

L’anecdote

”En 1986, j’ai eu la chance de passer du temps avec Adrian Vandenberg dans sa ville natale d’Enschede en Hollande. J’étais là pour voir si nous pouvions écrire et jouer ensemble. Nous avons écrit quelques ébauches de morceaux. Puis je suis allé à un concert avec lui et j’ai chanté une reprise de quelque chose sur scène. C’est un gars formidable et nous nous sommes bien entendus, donc ça avait l’air positif … puis il a reçu un appel téléphonique que j’ai réussi à capturer … et quand il a fini, il a dit: “Tony, je suis vraiment désolé, je viens d’avoir un appel pour rejoindre Whitesnake et je ne peux vraiment pas refuser”…. Ce fut un tournant dans la vie en plusieurs actes …. Je crois qu’il avait déjà fait des choses avec eux donc ce fut une surprise totale pour lui … Mais c’est l’image même de l’appel lancé à Adrian pour rejoindre Whitesnake. :)” Tony Martin (Black Sabbath) facebook 31/03/2021. (Ndfaf : Voyez sur l’image la télé 4/3 et la peinture qui a servi pour une pochette d’Album du hollandais puis la déco blanche : un signe ?)

Album complet puis clips ci-dessous

 

 

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