”O Rage ! O désespoir !”
Je pourrai emprunter cette célèbre tirade du Cid de CORNEILLE tant Geoff TATE me déroute … et me fascine !
Ceux qui connaissent le chef d’oeuvre qu’est le concept album Opération Mindcrime, paru il y a 40 ans, sorte de record mondial artistique qui a atteint les perfections de la créativité et des interprétations, se doutent qu’il sera difficile de l’égaler, d’autant que le Deux, bien que valeureux et sous-estimé, avait déjà démontré la difficulté.
Aussi c’est sans surprise que ce Trois, déçoit … dans une moindre mesure et à première écoute… avant de dévoiler le génie !
Pour les néophytes, le Un présentait l’histoire d’un trio de personnages : un jeune couple soumis à la manipulation du Docteur X qui les poussera dans la drogue et le meurtre ; le II racontait l’histoire axé sur le jeune homme ; le III sur l’angle de vue du Docteur !
Décevant ? En quelque sorte, oui ! Il est désoeuvrant que Geoff TATE ne retienne pas les critiques du passé. Qu’en est-il exactement?
Depuis l’album Promised Land, il a pour ainsi dire oublié les raisons du succès du QUEENSRYCHE 1984-1993 : l’ingrédient Heavy-Speed Metal ! J’ai quasiment tout dit dans cette phrase. Et c’est là où c’est rageant et … désespérant ! Tout dit ? Vraiment ? Attendez de lire la suite chères Sisters et chers zappeurs !
Rageant car renier à ce point l’origine de sa ”rente”, est incompréhensible quand on s’attaque à un tel projet. Point de titres speed à la Needle Lies ou Speak, et le pire, pas de titres heavy hymnesque à minima comme Révolution Calling. Le titre le plus heavy de ce 3eme du nom qui s’y rapprochera et fédèrera live, est le single Power, 11ème plage du disque qui en compte 13 ! Fermez le banG !
Mais encore faut-il que l’on affine la définition du terme ”Heavy” ? J’y reviendrai.
Désespérant car depuis le II sorti en 2006, il a été publié aussi une (seconde) trilogie d’albums, sous le nom de groupe ”OPERATION MINDCRIME”, qui a recueilli en somme les mêmes éloges et surtout, les mêmes reproches.
Ce n’est donc pas faute d’avoir manqué de temps pour corriger le tir, lire et analyser les chroniques, … bref prendre du recul et recharger des batteries, ou à défaut pour faire un pèlerinage sur les chemins de Compostelle ou en Inde, en mode ”D’où je viens ? Où vais-je ? … et dans quel état gère ?” comme nous l’indiquait ce fin conducteur qu’était COLUCHE (hum ! Désolé pour cette vanne glauque). En général, quand on fait une erreur, on essaie d’y remédier. Mais Geoff TATE persiste et signe ! Pour lui, ce n’est pas une erreur, c’est une orientation !
Ceci dit, j’exagère ! TATE a retenu la leçon du OM2, sur un point : sur cette difficulté de créer à nouveaux des interludes qui boostent une oeuvre : il n’en a donc pas, ou très peu inclus ici.
Rappelons que ces interludes avaient réussi l’exploit, à la fois de clôturer un titre de la meilleure des façons, tout en lançant le suivant avec un élan gagnant. Le résultat avait dynamisé les titres et cimenté l’ensemble à la perfection, alors que sur le II, ces interludes avaient plutôt cassé la dynamique … je parle évidemment sur le plan auditif et non sur le plan thématique ; précision qui a toute son importance sur l’aspect artistique.
Il a aussi corrigé ses clins d’oeil musicaux envers le II et le I. Bien qu’il ait maintenu quelques petits légitimes ”plagiats” (paroles, ponts, intro), ceux-ci sont inclus cette fois de manière davantage subliminale et donc subtile. La crème est allégée si on peut dire (”Change The World” ; l’instrumental Descencsion qui renvoie à celui de Mickael WILTON ; …). Mais là n’est pas l’essentiel.
Car désespérant est ce côté hermétique aux critiques au point donc d’oublier une part de son ADN. Avec le temps, on aurait pu croire que TATE aurait respecté cela et donc remis de la puissance et vitesse pour ce dernier (?) album tel un baroud d’honneur.
Désespérant aussi par l’équipe d’interprètes et de compositeurs qui l’accompagnent sur ce pari.
Cela fait une dizaine d’années au moins qu’il est accompagné en tournée par une jeune équipe de musiciens fougueux, talentueux et … respectueux de l’oeuvre de leurs aînés. Mes deux reporting en témoignent (tournées Rage For Order+Empire Grenoble 2022 puis Operation Mindcrime Final Chapter PWOA Perpignan 2025 ; liens fin d’articles).
Aussi, on aurait pu espérer que cette jeunesse lui file un coup de boost, comme elle boost les performances live. Hélas que nenni ! Probablement que le patron a posé son véto tel ce Docteur X !? Néanmoins, je suis sévère tant les parties de guitares devraient obtenir les félicitations de Chris De GARMO.
Une fois les critiques négatives exprimées, qu’en est-il des positives ?
Hé bien ! Elles s’apprêtent à balayer les négatives d’un revers (de manche de blouse blanche).
Clairement à la première écoute, l’envie de balancer le streaming par dessus les fils de hertz, fut forte. Mais on parle de QUEENSRYCHE tout de même… heu pardon de Geoff TATE.
En effet, les premiers titres sont destabilisants. Mais on parle d’une oeuvre, pas d’un disque de consommation.
TATE n’est pas qu’un chanteur-compositeur ; Il est aussi un acteur et un metteur en scène. Tel pour un film, il se met au service de l’histoire, de l’atmosphère et des émotions qu’elles suggèrent.
Aussi, à 66 ans, il lui importe peu de passer en radio aux côtés des BON JOVI avec des singles comme Jet City Woman ou I Don’t Believe In Love. D’ailleurs cet album n’est à ce jour pas distribué par un label et est donc commandable que via son site…
Son essentiel est que les compositions expriment ses personnages jusqu’à prendre même des ”accents” (final de The Devil’s Breath).
Alors, tentant de représenter un savant psychopathe, il est conscient que balancer des ”hoho” BON JOVIen ou glam, serait inapproprié pour cette atmosphère psychotique, quitte à déplaire aux fans ou à les forcer à puiser dans leur concentration.
Il pousse même le vice à flirter avec la fausseté pour exprimer le malaise des personnages tel un dépressif qui se serait aller à se saouler et qui commencerait à peiner pour s’exprimer, divaguant dans le tourbillon de la fourberie et de la torture physique et/ou mentale.
Bref le chanteur fait semblant de tituber pour mieux marquer son art. Et c’est donc en ce sens, que cet album est réussi !
Car rassurez-vous ! Il n’y a points de fausseté mais bien un jeu d’actoring où les performances vocales s’additionnent tout du long ; du simple murmure au cri le plus douloureux !
Même si le ténor n’a plus ce petit plus aigu dans son expressivité qui en faisait le meilleur chanteur du genre pendant les années 80 et 90, le maestro délivre tout du long une performance vocale XXL … à rendre maboule certains jeunots qui se doublent live avec des samples. Du grand Art !!
Vocalement, il rappelle l’immense chanteur qu’il est ! Sa voix écorchée sur The Devil’s Breath ou son cri super aigu à faire applaudir Ian GILLAN et Rob HALFORD sur Vulnerable, ses montées lyriques, ou tout simplement ses ”graves” ou intonations à la BOWIE, et autres modulations intimistes. Du grand Geoff !
Alors, il est clair que l’aspect mélodique et donc radiophonique FM, est parfois sacrifié au choix de l’expressivité artistique (les ”Hohoo de The Answer sont loin d’être radiobankable mais ils collent parfaitement à l’ambiance malaisante qui règne dans cette histoire.)… Et c’est tant mieux, même si frustrant à la première écoute.
Il aurait pu se laisser aller sur The Devil’s Breath et retrouver l’universalité d’un Eyes Of A Stranger par exemple.
Mais l’artiste tient bon devant le comptable ou le nostalgique (que je suis aussi). Et moi je dis ”Zut mais p’tain, chapeau bas, l’artiste ! Je reconnais que tu as raison Geoff !”
Le duo pour Do You Still Believe vogue dans la lignée d’intensité des Suite Sister Mary, If I Could Change It All+An International Confrontation, et imposera sa dramaturgie en concert.
On peut regretter d’autant plus le décès de Ronnie James DIO que l’on aurait bien évidemment aimé entendre de nouveau en duo voire en trio ; ou son non-remplacement par un OZZY par exemple, parfait pour ce rôle du Docteur manipulateur !
Et puis, il y a cette impression d’oublier le côté heavy alors qu’au final, une power ballade de ce III, peut être plus heavy dans son intensité ou son machiavélisme que n’importe quel titre … Heavy ! (Hum!).
L’opener You Know My Fucking Name est certes une (power) ballade mais elle impose de suite l’atmosphère glauque.
Les premiers titres, et disons l’ensemble de l’oeuvre, est une succession de titres Prog qui montent crescendo pour marquer leur dramaturgie tel un Opera en plusieurs actes ; bref tout se passe presque dans les secondes voire 3ème partie de chaque composition. Une façon donc de composer qui ne favorise pas l’immédiateté et exige de l’auditeur un investissement dans l’écoute(s).
Malsaine donc, prenante, sournoise… les titres diffusent tout leur machiavélisme. Un OZZY, maître des ténèbres aurait apprécié, même si ici il ne s’agit pas non plus de Doom Metal pur. Un OZZY que l’on aurait aimé entendre aussi ici.
Alors au final, si tu me poses la question : ”est-ce un bon album de QUEENSRYCHE ?” Je répondrai : ”Très convenable sans plus ! A classer au côté du très bon Promise Land !”
”Est-ce une bonne suite ?” Quelques part oui ! Mais évidemment si on se réfère à l’impact du 1, c’est une déception, même si artistiquement par rapport au concept, il a des arguments !
En étant tolérant, disons que dans le cadre d’une trilogie, il se défend. Mais dans la mesure où GT nous a déjà proposé une trilogie avec son groupe OPERATION MINDCRIME auxquelles on peut rajouter le concept American Soldier, et donc une suite de ce même type d’albums psychologiques et ambiants (cf discographie chroniquée), la tolérance peut se heurter à des limites.
Enfin, si on l’écoute sous un autre angle : “Est-ce un bon album de … Geoff TATE ?” Alors je cèderai un ”Oui ! Il frôle même le statut ultime de chef d’oeuvre”.
Schizophrène le chroniqueur ? Possible !? mais c’est un peu le concept de la trilogie.
D’ailleurs si je devais faire un comparatif artistique, Geoff TATE suit le même cheminement que Mark HOLLIS (TALK TALK cf bio+discographie chroniquée) ; à savoir un début de carrière populaire au bon sens du terme, avec des albums universels ; puis après un succès commercial mondial, un besoin de se plonger dans une certaine intimité et profondeur, et de replonger dans l’underground. Cette réorientation musicale a été revalorisée par les sachants pour HOLLIS, le nommant inventeur de l’Art-Punk Pop ; Les savants en feront ils de même pour ce ”docteur T.” ?
QUEENSRYCHE avait anobli le Heavy-Speed Metal Prog ; Geoff TATE anoblit le Dark Doom Metal Prog !
Alors, Geoff TATE : un génie ? Moi, je dis oui ! (Docteur ? Pro-RAOULT ou anti ? Mouarf !)
Il ne faut donc pas s’attendre à un disque que l’on écoute de façon récréative.
Tels Brave de MARILLION, The Wall de PINK FLOYD ou Stardust de BOWIE, il s’agit plutôt d’une oeuvre limite SHAKESPEAREienne, à écouter pour ce qu’elle est : une introspection sociétale, une sorte de psychanalyse et un témoignage sur la manipulation des masses, où en définitive, le chef d’orchestre se laisse dominer par ses influences en Opéra plutôt qu’en Metal (en toute relativité hein !?).
Bref pas un disque à s’écouter en famille le dimanche ou pour se motiver avant un match avec des riffs et refrains catchy !
Beaucoup qui resteront musicalement ancré au Un, seront donc déçus.
Certains, plus ouverts sur le concept, salueront l’oeuvre. Car après tout, il y a de la recherche artistique.
Il faut aussi un certain courage pour ne pas offrir au public ce qu’il demande, en proposant autre chose.
On aurait tout de même aimé savoir ce que Chris de GARMO a pu éventuellement en penser.
Le Boss suit donc son chemin comme il l’entend, jusqu’à nous ressortir son saxophone (plaisant au demeurant, mais est-ce la question ?) et d’oublier donc sa part Metal Mainstream en s’obstinant à vouloir devenir le PINK FLOYD du Metal. Aucune concession donc pour aller dans le sens des adeptes de la première heure. Et il l’assume dans son interview du Rock Hard Mag 276.
Mais cette intégrité artistique, n’est-ce pas ce que l’on recherche chez un artiste, à l’inverse d’une maison de disque ? Et ce d’autant plus dans le Metal ! Le fan metalleux serait-il lui aussi paradoxal, en espérant un produit mercantile copie conforme de celui qu’il a aimé 40 ans plus tôt, au lieu de laisser l’artiste créer et respecter musicalement son concept-album du moment ? TATE a essayé de renouer avec la grande époque sous le nom SWEET OBLIVION ; Cela n’a pas eu l’impact voulu malgré de la qualité. Alors autant faire comme on le sent, a du conclure le maestro !
Un autre chroniqueur concluera par “Ce III a le mérite de réhabiliter le II ; ce qui n’est pas un mince exploit”! Je comprends la déception. Certes le 2 contenait des titres épiques plus proche de la grande époque, mais au final, ce 3 se tient mieux dans son ensemble de titres et dans son concept. Étant probablement le seul chroniqueur qui va défendre ce disque, même si il me frustre aussi, que ce chroniqueur me pardonne d’avoir cité sa conclusion.
Quoiqu’il en soit, ces 3,2,1 ne feront jamais zéro ! (P’tain c’est puissant ça ; je vais finir par m’écouter parler comme Raphaël Enthoven, beurk !).
Car, plus qu’un simple disque, il s’agit bien une oeuvre artistique à applaudir ! … Et à écouter au casque.
A 67 ans, on doute fort qu’il y aura un IV pour espérer revaloriser ce III, d’autant qu’il n’y a que trois personnages : chacun d’eux ayant donc eu son album. Cela dit, avec les Macron, Poutine, Obama, Clinton, Trump, Vanderlyen, Netanyahou, BHL, … ce n’est pas les psychopathes qui manquent pour nourrir le concept.
Une suite moyenne à Operation Mindcrime (un 3/5) mais un excellent album de Geoff ”X” TATE (un 5/5) ?
A vous de choisir entre JEKYL et HYDE ! Mais moi, plus je l’écoute, plus le statut de chef d’oeuvre s’imprègne dans mon esprit ! Ça doit être cela le pouvoir de la manipulation mentale …!?
Hâte de voir la tournée avec des titres des 3 OM ! …
Epilogue
”Driiing ! Driiing !” … Excusez-moi ! Le téléphone saigne !
”Allooo Doctor T ? … C’est Roger W ! J’aimerai composer un The W. 2 avec vous ! … because I Believe In You !”
HAHahahahaaaaaa !
Franck pour Mémoire de Concerts
(Ma chro est trop longue ? Ben oui mais c’est du prog 😁. Te plains pas : elle n’a pas 2 suites 😉)
(Notation des morceaux ci-dessous)
Titres
01. The Scene Of The Crime (intro)
02. You Know My F–king Name (5/5)
03. The Answer (5/5)
04. Vulnerable (5/5)
05. I’ll Eat Your Heart Out (4/5)
06. Do You Still Believe? (Duo) (5/5)
07. The Devil’s Breath (5/5)
08. Ascension (interlude acoustique)
09. Set You Free (3/5)
0. Descension (instrumental)
11. Power (5/5)
12. You Can’t Walk Away Now (monologue Docteur X)
13. A Monster Like Me (4/5)

Complotistes
Vocals – Geoff Tate
Drums – Rich Baur
Bass – John Moyer
Guitar – Dario Parente, Amaury Altmayer
Synths & Strings – Geoff Tate, Kieran Robertson
Sortie 3 mai 2026
Label Geoff Tate Officiel Shop
QUEENSRYCHE discographie chroniquée
Geoff TATE Grenoble 2022 report
TALK TALK discographie chroniquée
Album en écoute
